«Petits Plaisirs» est un roman qui grandit sur vous, vous entraînant lentement jusqu'à ce que vous vous sentiez profondément investi dans les personnages et leurs vies. C'est l'histoire de Jean Swinney, une journaliste pour un journal local, qui cherche à découvrir la vérité derrière l'affirmation d'une autre femme (Gretchen Tilbury) selon laquelle sa fille est le résultat d'une naissance virginale. Situé en 1957 dans la banlieue du sud-est de Londres, nous suivons Jean alors qu'elle va au travail, s'occupe de sa mère névrosée et cloîtrée, et mène sa vie indépendante, bien que solitaire. La nature de son enquête bouleverse son monde pièce par pièce alors qu'elle s'éloigne de son existence mondaine et sécurisée pour une vie d'excitation, de tumulte et d'amour.
Si vous êtes attiré par ce livre par l'histoire d'une immaculée conception (basée en fait sur des événements réels de l'époque), alors je crains que vous ne restiez pas jusqu'à la fin. Le dénouement de cette intrigue n'apporte aucune véritable surprise, car nous sommes malheureusement tellement conditionnés maintenant à ne pas être étonnés par les actes de violence envers les femmes. Ce livre parle de Jean, une femme qui a été élevée pour se comporter avec dévouement, ne pas se plaindre et garder son vrai moi authentique petit et caché derrière un voile de conservatisme et de respectabilité. Nous voyons la même lutte chez Gretchen, une autre femme prédisposée à nier ses véritables désirs et sentiments. Toutes deux contrastent fortement avec Margaret, la jeune fille à l'esprit libre de Gretchen, dont l'exubérance juvénile est un baume pour les problèmes rencontrés par les adultes.
Jean est une femme qui aspire à sortir de sa carapace auto-imposée et auto-contrôlée. Au travail, elle est respectée par ses collègues exclusivement masculins mais confinée à des articles ménagers sur des sujets tels que les avantages de la sciure de bois pour le nettoyage des tapis. Sa vie est façonnée par de petits plaisirs qui surviennent tout au long de la journée : fumer une cigarette seule sur le canapé, un livre de bibliothèque nouvellement publié ou un petit verre de sherry avant le déjeuner.
Elle rencontre ensuite la famille Tilbury et cette rencontre lui fait prendre conscience que la vie ne peut être faite de petits plaisirs seuls. La vie s'enrichit : une nouvelle robe, une soirée d'été passée à jouer au badminton dans le jardin, la compagnie d'un homme qui la fait se sentir vue et comprise, pour la première fois. Tout cela a un coût et elle réalise lentement qu'il deviendra impossible de revenir à son existence petite et abritée d'avant.
Je me suis sentie très investie dans Jean et cela m'a procuré une grande satisfaction de la voir (pour utiliser un terme que Jean n'utiliserait jamais) vivre sa meilleure vie. Sa relation avec Howard était significative et vraie et tous deux méritaient le bonheur qu'elle leur apportait. L'histoire de Gretchen était moins binaire et pourtant elle était de loin le personnage le plus tragique du roman, contrainte de choisir entre sa sexualité et sa famille.
En parlant de tragédie, on a beaucoup parlé du dernier chapitre. Une recherche rapide m'a montré que les contributeurs de GoodReads n'étaient pas satisfaits, pas du tout satisfaits. La catastrophe ferroviaire de Hayes a été évoquée par un extrait de presse au début du livre, ce qui laissait présager une catastrophe vers la fin. Je comprends la critique, pourquoi l'inclure du tout ? Pourquoi tuer un personnage et le bonheur de Jean alors que son avenir semblait brillant et prometteur ? Je ferai simplement ce que je fais toujours avec les fins tristes et je ferai comme si elles n'avaient pas eu lieu. Ainsi, je me souviendrai toujours avec tendresse de ce livre pour ses personnages et ses conseils ménagers d'après-guerre :
« Pour garder vos doigts blancs et doux, enfoncez vos ongles dans la pulpe d'une vieille peau de citron après avoir effectué des tâches salissantes à l'évier de la cuisine. »